Ecrit par vous !
La vie du rugby amateur : la bagarre générale
Lumière sur une phase de jeu importante du rugby amateur.

Le Rugbynistère a besoin de vous

Merci pour votre soutien !
Si tu as ta licence, tu as forcément déjà répondu aux 3 questions du lundi : « T'as joué ce week-end ? Vous avez gagné ? C’est tombé ? ». Tu repenses alors à ce beau moment souvent incompris : la générale.

Dimanche après-midi. Dixième minute de jeu. Le ballon s’envole dans les airs, comme s’il ne voulait pas assister au spectacle qui va arriver. Pas de bol : c’est ton deuxième ligne qui est à la retombée. Terrorisé et ne sachant que faire, il tourne timidement ses mains vers le ciel et prie pour un miracle qui n’arrivera jamais. En-avant. Enfin, la voilà, la première mêlée. Dans le pack, le silence règne. Seulement des hochements de tête et quelques regards malicieux. Tout le monde le sait, on l’a annoncé dans les vestiaires. C’est l’heure de la bagarre.

Il faut dire qu’ils l’ont cherché. Ce n’est pas faute de les avoir prévenus qu’il y aurait un match retour. Cette fois, on est sur notre territoire. Les chiens pissent sur les murs, les rugbymen relèvent la mêlée. Certaines équipes ont même leur annonce dédiée. Par tradition, un nom de jeune fille. Même au rugby, un peu de poésie ne fait jamais de mal.

L’arbitre, qui sent que quelque chose se trame, désigne le lieu de la bataille. Les premières lignes se placent telles deux cerbères ventripotents, se défiant du regard avant d’entrer en collision. Le demi de mêlée introduit le ballon. Non merci. Pour une raison purement architecturale, c’est au deuxième ligne qu’incombe le rôle de détonateur. Il délie lentement son bras, crispe ses mâchoires et fait feu dans le tas. Un claquement retentit. Le tir a fait mouche. Manque de bol, c’est ton pilier qui se relève, le nez en virgule. Tant pis. Il est trop tard maintenant, il faut réparer cette injustice. Les poings se ferment, les arcades s’ouvrent et le temps s’arrête. Ça y est : ça tombe !

Les bras encore liés à leurs piliers, les deux talonneurs, impuissants, font office de paratonnerre tandis que le neuf en profite pour porter une fourbe estocade, avant de se réfugier sans vergogne derrière ses gros qu’il n’a jamais autant aimé. Les moulinettes sont de sortie. Certains tentent un coup de poker et s’inventent une attitude de boxeur. Depuis l’autre bout du terrain, la cavalerie des trois-quarts arrive en renfort à grandes enjambées. Les rafales de phalanges pleuvent. Comme à Noël, les marrons sont chauds, on donne et on reçoit, mais toujours « à 15 et bien serré » selon les consignes de l’entraîneur.

Dans le chaos total, on s’échange les poings de vue sous les hurlements du sifflet de l’arbitre. Évidemment, les coups de pied sont proscrits : cela reste un sport de gentleman. Une dent jaillit du regroupement et tombe à côté de la gonfle, qui connaît là son seul moment de répit du match. Les trente-quatre personnes autour de la main courante exultent, renvoyées à l’état primaire par ce drôle de spectacle. De la sauvagerie pour les profanes, une simple phase de jeu pour nous.

Les esprits se calment enfin. K-O, Lolo sort sur civière. La fin du match, il la découvrira demain en lisant le journal. Les capitaines, avocats de 15 diables malgré eux, sont appelés à la barre. Habitués, ils récitent un plaidoyer qu’ils connaissent par cœur : « Mais Monsieur, pour se battre, il faut être deux » ! La sentence tombe. Les malheureux pris par la patrouille (souvent les moins discrets) se serrent la main avant de regagner les tribunes. Il fallait montrer qu’on était chez nous.

L'orage passé, le jeu reprend ses droits avec quelques joueurs en moins, comme si de rien n'était. Car c’est là la drôle de magie du rugby. Quelques heures plus tard, ceux qui ne désiraient que la mort lente et douloureuse de leur adversaire, chanteront les mêmes chansons et partageront le même fût de bière, tous amoureux du même sport. Après tout, Lucien Mias le disait si bien : le rugby est le seul sport où l'on se rencontre, alors qu'ailleurs, on ne fait que se croiser…

Yannis Dom
Yannis Dom
Cet article est rédigé par Yannis Dom, un grand merci pour sa contribution ! Vous pouvez proposer des textes de deux manières :
  • Racontez-nous la vie de votre club en devenant référent Rugbynistère pour votre équipe : cliquez ici.
  • Ecrivez sur le sujet de votre choix en devenant contributeur au Rugbynistère, pour ce faire contactez-nous !
Vous devez être connecté pour pouvoir participer aux commentaires
  • mounjet
    23286 points
  • il y a 3 ans

N'oublions pas que le rugby est par définition un sport de combat régi par des règles collectives (le seul si je me rappelle bien). L'agressivité et les coups sont inévitables et légiférés. Alors, certes quand on transgresse la règle en s'adonnant à la soule, on est en tort. Mais certes aussi, les paroles d'évangile des jean-michelcépasbien du dimanche ne prennent pas en compte les inévitables affrontements du combat. Ce qui est plus emmerdant, c'est la programmation des festivités à l'avance... Même si des fois c'est surtout venteux, j'ai aussi vu de temps en temps de vrais sales coups et des pignes pas drôles. ceci dit, il me semble que ça s'est un peu radouci depuis 20-30 ans et notamment la fin des mêlées poussées en séries.

  • MadMax
    3235 points
  • il y a 3 ans

C'est marrant cette habitude du fan de générale a ne penser que ça ne se passe QUE dans le rugby. Déja, au Hockey ils se marrent bien, la bagarre fait partie des regles, ensuite ça arrive dans tous les sports et dans le rugby comme dans ces autres sports, certains oublient la bagarre et d'autres l'entretiennent.

Combien de fois un mec m'a saoulé en soirée, pendant des ferias ou des partouzes parce que "t'es de [insere village ramdom]!" ou "tu joues pour [insere club random]". Combien de fois un "vieux" te prends la tete pour te dire qu'a l'epoque on parlait pas avec une mec de "[village random]" ou qu'il "etait pas le meilleur au rugby mais pour mettre des crepes".

Et du coup maintenant, c'est des gamins (16-18 ans) qui jouent dans des clubs voisins qui viennent me la prendre..

Voila, je suis pas pour la générale, si on veut se battre on va la boxe, le pire c'est que les praticants de sports de combats (ce qui est mon cas) ne battaient (presque) pas sur le terrain.

Des fois, c'est inévitable, mais de la a le glorifier et a penser que c'est "culturel", bah c'est con, on -les rugbymen- passe pour des gros tocards bien rustres, et apres on veut donner des leçons?

Des rivalités, c'est bien lorsqu'elles sont saines. La virilité, c'est aussi encaisser un coup sans esprit vengeur. Etre rugbyman, c'est avant tout gagner au rugby.

@MadMax

Bravo, c'est à peu prêt ce que j'ai dit à mes Juniors Samedi après qu'ils se soient astreints à respecter ce qu'ils s'imaginent ètre gage de virilité ! Les vraies couilles, c'est sur un ring parce que là tu peux pas t'echapper ou compter sur ton copain pour te sauver la mise ! Moi, je les ai pas eues, les qqs tartines que j'ai pu rendre étaient dans le confort d'avoir les copains autour....

  • MadMax
    3235 points
  • il y a 3 ans
@MARCFANXV

@MARCFANXV Merci de ta réponse!

En fait les sports de combats ne t'apprennent pas a te la mettre, du moins pas uniquement.
J'ai 6 ans de muay thai et je suis ceinture marron de judo et jamais un educateur de ces sports ne nous a encouragé a nous battre, de toute façon t'es trop crevé apres ces entrainements pour avoir envie de le faire. De plus, si jamais un d'entre nous brisait la regle, c'etait direction le face a face avec un "grand" pour sparrer (et ça calme).
Pour avoir pratiqué également le rugby et le foot, j'ai trouvé que si les sports collectifs font enormément de travail sur l'acceptation de l'autre et la construction d'un groupe, quitte a passer par des images guerrieres pour y arriver, ces sport oublient un facteur assez important: le mental et l'effacement de soi. Donner tout se qu'on a pour l'equipe, son corps, sa douleur et ses factultés c'est deja un sacrifice enorme, savoir ecraser son ego (lorsque c'est necessaire, y'a des combats qu'on ne peut renier) pour l'equipe, savoir reflechir pour l'equipe avant ses nerfs, c'est encore plus dur.
Au contraire, les sports de combats sont pour la plupart plus durs physiquement et mentalement, du coup les educateurs mettent toujours l'accent sur le mental: si tu ne reflechis plus, tu prends une gifle enorme. Ils nous apprennent a toujours garder la tete froide (c'est pour cela que les boxeurs se raillent avant un match), deja parce que si un judoka pete un cable au 1er "FDP", il peut facilement péter un bras: ce n'est pas rien, ensuite parce que l'objectif est de gagner, quite a devoir passer un mauvais moment. Par contre, ces sports, s'ils augmentent le respect pour les autres combattants (rapport a la difficulté), favorisent moins l'entraide.

Je pense que les educateurs de sports-co et de sports de combat devraient echanger, et pourquoi pas echanger leurs jeunes de temps en temps pour qu'ils apprennent les uns des autres: les un l'esprit de groupe, les autres le mental.

  • Arugby
    148 points
  • il y a 3 ans

Franchement.......coup de pied par terre, coup de poings par derriere, remplacants qui rentrent pour taper, les entraineurs aussi, le public qui insulte des gamins sans parler de ce que prend l arbitre.....
Chaque weekend il y a des debordements, des ITT ( interuption temporaire du travail).
Tu peux le raconter comme tu veux, il n y a rien de bon la dedans.

@Arugby

Des cons y en a partout. Dans tous les sports.

Ouais, le rugby évolue ou doit évoluer.
Et ça serait bien qu'on arrête de s'offusquer pour une vidéo de générale un jour et qu'on applaudisse un texte sur le même sujet plutôt bien écrit le lendemain.
Sinon, ce sont les parents de minots qui vont entrer sur le terrain pour frapper les gosses... Si vous voyez ce que je veux dire...
Y'a pléthore de sports de combat pour ceux qui veulent éclater des pifs.

C'est vachement bien écrit ! Nostalgie, un peu d'émotion et de rire, j'ai vraiment adoré cet article. Oui la bagarre c'est pas bien, mais oui elle fera toujours partie du jeu. C'est comme ces types, ceux du village voisin qu'on aime détester dans notre rugby de clocher alors qu'on a fait le collège ensemble et qu'on s'aime bien à la troisième. C'est vrai que c'est voyou mais putain ça fait du bien une vraie ration d'emplâtre, une qui te fait gagner un match qui serait mal parti sans. Là vous nous (re)faites un beau portrait de ce rugby amateur dans ce qu'il a de rudoyant 😊. Tant que ça reste propre...

  • CEVEN
    173156 points
  • il y a 3 ans

Sans légitimer d'aucune manière la salade de phalanges, il convient -entre gens bien éduqués- de laisser sur le pré les échanges & les rancœurs passés.

Sinon, ça file un goût dégueulasse à la bière partagée.

Ne jamais déclencher... sauf si on s'en prend au neuf !
Comme le dis si bien l'article : jamais de coups de pied, jamais frapper quelqu'un au sol.
Juste des échanges de marrons debout jusqu a séparation ou un des 2 qui tombe au sol

j'ai toujours pensé qu'une bonne générale valait mieux qu'un match où chaque action est pourrie par un acte d'anti-jeu comme ça se voit parfois.
Souvent une bonne générale permet de faire tomber la tension et après il n'est pas rare de voir du rugby fort correct, chose qui n'arrive pas quand les joueurs sont trop nerveux pour aligner 3 passes et s'accrochent à chaque fois qu'un truc ce passe pas comme ils veulent

Certains parleront de la poésie de cet article, d'autres parleront du côté inapproprié des générales au rugby, je mettrai simplement l'accent sur la formidable absence de rancune.
On a beau être super énervé pendant le match contre tel ou tel joueur, on se tape dans la main dès que c'est fini, et on boit la bière de l'amour tous ensemble.

"Ne cherchez jamais la bagarre avec une personne laide. Elle n'a rien à perdre.”
Robin William

Derniers articles

News
News
Vidéos
Vidéos
News
News
News
News
News
News
News