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[Reportage] À la Fan-zone de Tokyo, les Japonais s’offrent une dernière communion avec leur équipe
[Reportage] À la Fan-zone de Tokyo, les Japonais s’offrent une dernière communion avec leur équipe.
Entre déception et espoir, les supporters japonais de la capitale ont eu l’occasion d’acclamer une dernière fois leur équipe face à l'Afrique du Sud.

Il est environ 15h à Tokyo quand la Fan Zone ouvre enfin ses portes. Plusieurs centaines de supporters sont déjà là, certains depuis près de 5h. Ici, la file d’attente est quasiment un sport national, et les Japonais ne s’en formalisent pas. Arrivés sur les coups de 10h, Kuri, Tsutomu et Yoshi trompent l’ennui en regardant les dernières infos ovales sur leur téléphone. La raison de leur patience est simple : il n’y a que 600 chaises, dont une soixantaine au premier rang, et ils ont la ferme intention de s’en emparer. Ces trentenaires suivent le rugby depuis le lycée, où ils se sont rencontrés. A peine les portes ouvertes, ils traversent en trombe la boutique officielle, passage obligé, pour prendre les meilleures places. L’attente était longue, mais elle en valait la peine.

Certains supporters sont arrivés plusieurs heures avant l’ouverture de la Fan Zone.

Sorte d’immense hangar à trois étages, la fan zone se remplit peu à peu. Les supporters étrangers, moins prévoyants, se résignent à rester debout. En guise d’échauffement : un France-Pays de Galles des plus alléchants. Quelques rangs derrière Kuri et ses amis, Takeshi, 23 ans, arbore un maillot français des plus vintages. « Il est peut-être plus vieux que moi ! » s’amuse l’étudiant, qui a découvert le rugby au lycée lui aussi. « Il était à mon père, qui me l’a ensuite offert quand j’ai commencé le rugby. Il est très important pour moi. »

Egalement supporter des Bleus, Takeshi veut croire en une victoire japonaise.

Le match commence, les Bleus frappent très fort d’entrée sous les acclamations du public japonais, ultra-majoritaire. La réponse galloise soulève elle aussi l’enthousiasme des spectateurs. Pas partisans pour deux sous, les Japonais apprécient surtout le spectacle, et Dieu sait que leur équipe leur en offert pendant les poules. A la mi-temps, Kuri et Yoshi sont confiants pour les Bleus : « Ils semblent plus forts aujourd’hui. Ce serait incroyable de les rencontrer en demi-finale ! », se prennent-ils à rêver.

La cruelle défaite du XV de France en quart de finale vue par les réseaux sociauxLa cruelle défaite du XV de France en quart de finale vue par les réseaux sociauxLa deuxième période semble partir sur les mêmes bases jusqu’au geste fatal de Sébastien Vahaamahina. Les images, diffusées sous tous les angles sur les trois écrans géants, déclenchent la désapprobation des Japonais. Certains semblent désormais avoir choisi leur camp. Ainsi, quand le Gallois Moriarty hérite du cuir pour marquer l’essai de la victoire galloise, les supporters explosent de joie. Ce qui ne les empêche pas de venir consoler les quelques tricolores présents ce soir. Mais les Nippons ont déjà la tête ailleurs : le tout-premier quart de finale de leur histoire va bientôt débuter.

Kentaro (au centre) a initié ses amis Kumi, Masaki aux joies et aux subtilités du rugby.

Debout devant l’écran principal, Kumi et Masaki attendent avec impatience l’entrée de leur équipe. Néophytes complets, ils ont découvert le rugby cet automne. « Je n’avais jamais regardé de match avant », admet Kumi. Elle a d’ailleurs pu aller voir Nouvelle-Zélande/Afrique du Sud au Stade de Yokohama. Un baptême de feu mémorable : « C’était très impressionnant, vraiment génial ! ». Quel que soit le résultat des joueurs japonais ce soir-là, ils auront au moins ramené de nouveaux et très nombreux adeptes pendant ce tournoi.

Avant les hymnes, les Japonais observent un temps de recueillement intense en mémoire des nombreuses victimes du Typhon Hagibis. Un moment presque religieux, comme l’hymne japonais qui le suit. Dans ce grand hangar, le chant donne presque à la Fan Zone des airs de cathédrale.

Le match, lui, démarre là aussi très fort avec un rapide essai des Springboks. Les premiers sourires crispés naissent au coin des lèvres. Pas de quoi affoler Utaro et Yoshiyaki, 30 ans chacun. Eux aussi se sont connus et ont découvert le rugby au lycée. Ce moment, ils l’ont attendu depuis longtemps : « Depuis la victoire d’il y a quatre ans, on était impatients d’avoir cette Coupe du Monde. Et retrouver l’Afrique du Sud ici, c’est incroyable ! On peut gagner, ce sera dur mais on peut le faire. »

Utaro et Yoshiyaki attendent avec impatience le coup d’envoi.

La première période semble lui donner raison. Le Japon s’accroche, puis recolle à 5-3, score à la pause. « On perdait aussi de deux points à la mi-temps il y a quatre ans ! », rappelle Kuri. « C’est loin d’être fini. »

Après une première mi-temps prometteuse, les supporters retiennent leur souffle.

Malgré le stress évident sur les visages, les supporters y croient encore. Le deuxième acte est plus compliqué. Le Japon cède du terrain et fini par craquer avec deux essais coup sur coup. 26-3 à dix minutes de la fin.

Alors que le score enfle, les supporters commencent à sentir la défaite arriver.

Utaro sait que son équipe ne reviendra pas. « C’est dommage, mais il faudrait quand même marquer un essai, voire deux… ». Une question d’honneur.

Las, ses joueurs resteront muets jusqu’à la fin.

Après le coup de sifflet final, les mines sont tristes, mais les discours fatalistes. « L’Afrique du Sud était trop forte ce soir », reconnaissent Kuri, Tsutari et Yoshi. Lorsque le capitaine japonais Michael Leitch prend la parole au micro, ses premiers mots vont aux supporters, « ceux qui nous ont suivis, dans les stades, chez eux, ou dans les fanzones », ce qui lui vaut une standing ovation. Les gros plans de la réalisation sur les yeux rougis des joueurs font monter des larmes à de nombreux supporters. Eux, si dignes dans la défaite, laissent le verni se fissurer.

Mais ce tournoi leur a donné des certitudes et de grands espoirs en l’avenir de leur équipe. « Un jour, on gagnera, et qui sait ? Peut-être en France dans quatre ans ? », avance Kuri. Utaro et Yoshiyaki sont un peu plus mesurés : « Peut-être pas la prochaine, mais celle d’après pourquoi pas ? ». Doublement déçu ce soir Takeshi veut lui aussi retenir le meilleur : « Ces dernières semaines, on a prouvé à tout le monde que désormais, le Japon est une nation du Tier 1. » Malgré la défaite, les Japonais s’endorment avec la certitude que ce tournoi 2019 annonce les plus beaux chapitres de l’histoire du rugby japonais.

 Japon/Afrique du Sud est en passe de devenir un clasico international.

Bastien Roques
Bastien Roques
Cet article est rédigé par Bastien Roques, un grand merci pour sa contribution ! Vous pouvez proposer des textes de deux manières :
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