XV de France : pourquoi un tel déséquilibre en 3ème-ligne ?

XV de France : pourquoi un tel déséquilibre en 3ème-ligne ?
XV de France : Kelian Galletier a été convoqué.
La liste de Jacques Brunel interpelle pour son manque d'équilibre et de complémentarité entre les 3ème-lignes.

Côté ouvert contre côté fermé

Openside et blindside, comprenez côté ouvert et côté fermé : la distinction est clairement établie dans le rugby anglophone. Elle est moins vraie en France. Et pourtant : pour qu'une 3ème-ligne soit jugée complémentaire, elle a besoin d'associer des joueurs de ces deux profils pour entourer le n°8. La différence ? Un 3ème-ligne côté fermé, au rôle plus physique, sera désigné pour effectuer les tâches obscures (plaquages, notamment) ou pour fixer la défense dans un jeu à une passe. De son côté, le 3ème-ligne côté ouvert a un profil plus "moderne" et complet : il est mobile, rapide, chasse les adversaires sur le large en sortie de mêlée, se montre efficace au grattage, et est un soutien proche des 3/4 en attaque, où il lui arrive d'assurer la continuité du jeu.

Le problème, c'est donc le déséquilibre de profils entre les troisième-lignes convoqués par Brunel pour cette tournée. Louis Picamoles mis à part, ils ne seront que quatre à Marcoussis : Mathieu Babillot, Wenceslas Lauret, Kelian Galletier et Bernard Le Roux. Et tous ont ce profil de 3ème-ligne côté fermé désigné pour les tâches obscures : Le Roux a d'ailleurs été utilisé à de nombreuses reprises... en 2ème-ligne sur la scène internationale, où le jeu va beaucoup plus vite. 

Peu de courses ballons en main, peu de passes : si leur présence n'est pas scandaleuse - le problème de déséquilibre serait le même dans l'autre sens - cette liste manque cruellement de joueurs de duel chez les avants.

Le symbole d’un jeu tricolore fade ?

Parce qu’ils sont des joueurs dits de « rupture », les 3ème-lignes côté ouvert sont une véritable arme offensive, et leur rayonnement (ou pas) est un bon indicateur au moment d'analyser le jeu d'une équipe. Tranchant, disponible, il finit aussi souvent dans l'en-but. Le meilleur exemple reste Richie McCaw : loué pour sa science dans les rucks, le Kiwi - qui jouait openside flanker - a inscrit 27 essais sur la scène internationale. C'est beaucoup, même ramené à son nombre de sélections avec les Blacks (148).

Or, l'absence de joueurs de ce profil chez les Bleus peut déjà indiquer le style de nos Tricolores jusqu'à la prochaine Coupe du monde. Un jeu minimaliste, peu ambitieux ballon en main, et une grosse défense. Comme lors du dernier 6 Nations, où les Bleus ont accroché l'Irlande et réussi à battre l'Angleterre.

Parmi les principaux déçus, Kevin Gourdon figure en bonne position. Ses débuts en sélection suscitaient beaucoup d’espoirs : sa prestation face aux All Blacks, malgré la défaite, avait notamment été plébiscitée, pour un total de 50m parcourus, trois défenseurs battus, trois offloads et deux franchissements, preuve de son implication offensive. Guy Novès l'avait alors aligné d'entrée à l'aile de sa 3ème-ligne, en compagnie de Picamoles et d'Ollivon, deux autres numéros... 8. 

VIDÉO. XV de France - Kévin Gourdon impressionne face aux All BlacksTitularisé en 8 lors de la dernière tournée, le Rochelais n’évolue d’ailleurs jamais au centre de la 3ème-ligne dans son club, la faute à la présence de Victor Vito. Son absence peut clairement surprendre, tant les joueurs de son profil manquent dans la liste de Brunel.

Qui d’autre ?

Outre Gourdon, ils sont beaucoup à postuler, et à pouvoir apporter offensivement. Sekou Macalou est de ceux-là : le Parisien a longtemps été inconstant, mais son début de saison parle pour lui. Convoqué avec les Barbarians, le Lyonnais Patrick Sobela se révèle, comme son coéquipier Dylan Cretin. Champion du monde avec les U20, passé par les sélections du VII chez les jeunes, Cameron Woki est aussi de ce profil, même s'il joue peu avec l'UBB (six matchs mais seulement deux titularisations, dont une en Challenge).

Une liste à laquelle il convient d’ajouter l’excellent Anthony Jelonch, écarté sur blessure (comme Yacouba Camara) et par exemple très complémentaire de son coéquipier en club, Mathieu Babillot. Au CO, Christophe Urios peut les utiliser avec un numéro 8 perforateur comme Alex Tulou ou Ma’ama Vaipulu. Chez les Bleus, c’est Louis Picamoles qui aurait été susceptible de tenir ce rôle.

Pour le Mondial, l'un de ces joueurs pourrait s'inviter dans l'avion, où six 3ème-lignes devraient prendre place. Sauf si le sélectionneur décide d'appeler un joker au poste de 3ème-ligne centre (Marco Tauleigne ?), en cas de blessure de Picamoles durant la compétition.