Pourquoi la règle du passage en force est-elle ''un grand délire'' ?

Pourquoi la règle du passage en force est-elle ''un grand délire'' ?
Le passage en force en rugby, une fausse bonne idée ?
La Fédération française de rugby fait face à une lever de boucliers suite à l'annonce de la mise en place de la règle du passage en force.

En vidéo, la FFR explique la nouvelle règle du passage en force à l'école de rugbyLe passage en force, c'est l'une des mesures phares de la FFR face à l'augmentation des blessures. Pour l'heure, il ne s'agit que d'une expérimentation qui ne sera menée que chez un public très restreint : la catégorie des moins 14 ans au niveau national, sur les moins 8, moins 10 et moins 12 ans dans les ligues Occitanie et Pays de la Loire. Mais en fonction des retours, la Fédération française de rugby entend bien proposer cette règle inspirée du basketball et du handball à World Rugby. En prenant l'exemple de la modification des règles en mêlée, on est persuadé à la FFR que cette mesure va dans le bon sens.

Didier Retière, DTN, via L'Equipe

Le constat, c'est : comment faire pour ne plus se retrouver avec ces jeunes joueurs qui sortent de la logique du jeu et vont affronter sans prendre ne compte les espaces ou les partenaires ? On a voulu trouver une façon de jouer un peu différente et rompre avec cette imitation du rugby professionnel. On est passé d'un sport de combat à un sport de collision. Ce n'est pas le volume de blessures chez les jeunes qui nous a alertés, c'est cette sensation de dangerosité et volonté de revenir à l'esprit du jeu.

Pour beaucoup, cette règle soulève de nombreuses interrogations quant à son application et sa place dans le rugby. Pour Serge Collinet, professeur d'EPS, titulaire du Brevet d'État 2e degré en rugby, ancien joueur et auteur d'ouvrages sur la formation, "cette règle, c'est un grand délire". Si elle s'impose dans les deux disciplines car la défense n'est pas en capacité d'arrêter le porteur du ballon avec un plaquage, "le rugby se définit par une égalité des chances entre les antagonistes". Le défenseur peut plaquer donc l'attaquant peut percuter. Cependant, il est également libre d'éviter le contact, ce qui pose une incertitude. Sans cette dernière, "ça devient facile de défendre". Percuter la défense, sert aussi à créer des espaces et à faire la différence pour le collectif.


Didier Retière, DTN, via L'Equipe

La gestion de ces jeunes dominants est un vrai sujet, très complexe. Ils sont valorisés sur le court terme mais, malheureusement, quand leurs copains arrivent à avoir leur taille, comme ils n'ont jamais appris autre chose qu'aller tout droit, souvent ils arrêtent de jouer parce qu'ils n'ont pas d'autres outils. Ils pourront toujours trouver du contact mais le jouer avec un appui latéral avant, en visant une épaule.

Pour lui, le problème se situe au niveau de la formation. Face à un adversaire plus imposant, "le petit qui est soi-disant en danger, s'il savait plaquer, serrer les bras, il plaquerait pour se protéger". Le technicien est sûr de son fait : "Qu'est-ce qui fait plus mal ? Un mec de 90 kilos qui va à 3m/s ou un petit osseux de 55 kilos qui court à 9m/s ? Le petit bien sûr". Serge Collinet de se demander si la Fédération ne répond pas ici à une pression de la part des assureurs. Il considère que la FFR fuit encore le problème après avoir abandonné la formation des éducateurs pendant 25 ans. Supprimer une règle n'est pas la solution. "Demain, si les gosses se font des entorses des doigts en attrapant le ballon, on enlèvera le ballon ?" Pour l'heure, la question du surclassement engage de nombreuses responsabilités tandis que la mise en place des catégories de poids reste encore en suspend.