INTERVIEW. Cécile Grès : « J'étais comme une dingue ! »

INTERVIEW. Cécile Grès : « J'étais comme une dingue ! »
Légende : Cécile Grès, la nouvelle tête de France Télévisions pour le Tournoi des Six Nations. Crédit photo : France Télévisions.
Arrivée d'Eurosport, Cécile Grès a effectué ses premiers pas avec France Télévisions lors du match de Champions Cup opposant le Leinster à Toulouse.

De la Pro D2 au Tournoi des Nations en passant par la Champions Cup, tel est le programme de Cécile Grès, la nouvelle journaliste de terrain de France Télévisions. Fraîchement débarquée d'Eurosport, elle a pu découvrir la Coupe d'Europe lors du match entre le Leinster et Toulouse avant d'aborder le Tournoi des Six Nations avec une première affiche alléchante entre la France et le Pays de Galles. Elle revient pour nous sur cette première expérience et les échéances à venir.

Comment Toulouse a concédé sa première défaite en Champions Cup face au Leinster ?

Vous avez débuté avec France Télévisions lors du match Leinster-Toulouse, comment s'est passée cette première ?

C'était une mise en bouche pleine d'émotions, j'étais comme une dingue ! Mais je suis contente, car tout s'est bien passé.

Leinster-Toulouse, vous avez été gâtée pour vos débuts...

Oui, on m'avait prévenu (rires). Mais c'est vrai que le rythme et le niveau de jeu était impressionnant. Il y a une réelle différence avec la Pro D2, c'est du très haut niveau. Et puis l'ambiance était formidable également.

Un sacré avant-goût de ce qui vous attend pour le Tournoi des Six Nations...

Je m'étais dis que c'était bien de faire un peu de Coupe d'Europe avant le tournoi, histoire de prendre mes marques et de ne pas commencer immédiatement sur quelque chose d'énorme. Je voulais vraiment prendre le temps de m'installer.

Pouvez-vous nous en dire plus sur votre parcours ?

J'ai commencé en 2012 à L'Équipe en presse écrite, et j'ai effectué un stage de 6 mois. Mon stage se terminait en juin, mais les Jeux olympiques de Londres commençaient quelques semaines plus tard, et ils avaient absolument besoin de petites mains pour être en bureau à Boulogne. Pour faire de l'édition papier, de la relecture... C'est donc de cette façon que j'ai mis un pied à l'Équipe de façon un peu plus durable. J'ai alors commencé au service rugby, mais à côté, je travaillais également pour d'autres rédactions. Au bout de deux ans, on m'a proposé de participer à une émission hebdo sur l'Équipe 21 qui s'appelait « On va s'en mêler ». Mais moi, au départ, je ne voulais pas faire de TV ! Parce que d'une part ça ne m'intéressait pas, mais aussi parce que dans ce milieu, quand tu es une fille, c'est compliqué...

Tu as toujours un peu peur d'être la caution féminine du plateau, et de n'avoir pas trop de choses intéressantes à faire... Et c'est ce qu'il s'est passé, malheureusement. J'ai un peu subi cette première année sur l'Équipe 21, même si elle a été riche pour certaines choses. Je n'étais vraiment pas très à l'aise, mais ça a eu au moins le mérite de me faire repérer par Eurosport à l'époque. Ils m'ont appelée à la fin de cette saison pour me dire qu'ils cherchaient quelqu'un pour faire du terrain et renforcer leur dispositif Pro D2. Et j'étais vraiment contente, car j'adore faire du terrain. C'est la raison pour laquelle je fais ce métier-là ! C'est donc comme cela que l'aventure Eurosport a commencé, et ça a duré trois ans et demi. Jusqu'à il y a quelques jours, où j'ai débuté avec France Télévisions.

Vous allez commenter les matchs du Tournoi des Six Nations avec Matthieu Lartot et Fabien Galthié. Pouvez-vous nous décrire les deux personnages ?

Alors Matthieu, je ne le connaissais pas avant, je l'avais juste aperçu, mais on a eu un très bon premier contact. C'est un bosseur, mais c'est aussi une personne très bienveillante. Le premier match s'est très bien passé, autant sur le contenu que sur la forme. Et puis Fabien, je l'ai découvert lors de la séance photo que l'on a effectuée pour le tournoi. Pour le coup, Fabien est plutôt quelqu'un d'assez turbulent et de très blagueur. On a dû refaire 30 000 fois les photos, je pense, car il n'arrivait pas à se concentrer (rires). Mais il est très rapidement venu me voir et m'a posé des questions sur la Pro D2, et notamment le club de Colomiers pour lequel il a joué. J'ai donc reçu un accueil très chaleureux.

Vous parlez du côté blagueur, on sait que Matthieu Lartot et Fabien Galthié aiment bien « se lâcher » un peu en direct. Vous êtes-vous préparée à cela ?

Ils ont beaucoup de chance avec moi, car je suis quelqu'un de très bon public ! Je ris et je pleure très facilement ! Et puis j'aime beaucoup l'esprit de bande. À Europort, on partait tous les week-ends tous ensemble. J'ai besoin de ça pour me sentir bien. Donc je suis receveuse de ce genre de choses, ça permet aussi de sortir un peu du boulot et de créer de vraies relations. Après, sur le premier match (Leinster-Toulouse), Matthieu a été assez soft. Je sais qu'il a une blague qu'il aimerait bien sortir, mais il attend le bon moment...

Vous remplacez donc Clémentine Sarlat dans le trio, la connaissez-vous personnellement et avez-vous pu échanger avec elle ?

Oui, on se connaît. Quand France Télévisions m'a appelé pour me proposer le poste l'été dernier, j'ai refusé. Pour la simple et bonne raison que j'étais à trois semaines de ma rentrée avec Eurosport, et je ne me voyais pas les planter. Ils sont revenus me voir à l'automne pour une nouvelle proposition. Par respect pour Clémentine, je l'ai appelée pour discuter avec elle des raisons qui l'ont poussée à s'en aller. Pour le coup, c'était extrêmement personnel. Donc à partir du moment où son départ était choisi, il n'y a pas eu de problème.

« C'était très émouvant... »

Vous allez avoir la chance d'être sur les pelouses des plus grands stades d'Europe, quel effet ça fait ?

Par rapport à la Pro D2, même s'il y a des gros matchs, des derbys, des phases finales et des ambiances assez folles dans cette division, le match du Leinster était quand même d'une autre dimension. J'étais comme une enfant, j'avais le sourire aux lèvres et la chair de poule à chaque chant. Mais désormais, je vais être plongée dans ce qui ce fait de mieux, on m'a prévénue. Aussitôt sortie du match, j'étais ravie, mais on m'a tout de suite dit : « Attends de voir Twickenham ! ». J'ai adoré passer trois ans et demi en Pro D2, mais je suis également impatiente de travailler dans une nouvelle ambiance et de découvrir un autre système. Je ne regrette donc pas une seule seconde d'avoir fait ce choix.

Un bon match d'hiver à Oyonnax ou Aurillac, ça va vous manquer non?

Je regarde encore assez souvent la Pro D2. Je vais vraiment continuer de la suivre, car c'est un championnat passionnant, et je continuerai à inciter les gens à regarder celui-ci. Après, pour le temps, je ne suis pas sûre que je vais avoir moins froid à Twickenham qu'à Aurillac en plein mois de février. Je pense que ça se vaut ! Sinon, les gens me trouvent un peu folle, mais j'adorais aller à Aurillac et à Oyonnax ! Ce qui va me manquer surtout, ce sont les dispositifs un peu plus simples. En Pro D2, tu es libre d'aller et de venir où tu veux sur le terrain, alors que là, au Leinster, tu n'avais pas le droit de sortir du m2 qui t'était dédié.

Quel serait finalement votre meilleur souvenir en Pro D2 ?

Il y en a vraiment beaucoup... Mais je pense que le match d'accession de la saison dernière entre Grenoble et Oyonnax était assez fou ! Déjà, il y avait beaucoup d'ambiance, mais en plus, le scénario du match était assez improbable, sans faire offense aux Grenoblois. Ces derniers avaient complètement sombré face à Perpignan une semaine avant et à ce moment-là, Oyonnax était sur une très belle dynamique. On s'attendait tous à ce que Grenoble soit un peu en difficulté. Mais de ce fait, l'effet surprise et l'ambiance du stade, c'était assez incroyable. Et puis j'adore le Stade des Alpes, je trouve que c'est l'un des plus beaux stades de France !

J'ai également un autre match qui m'a marquée, c'était un Vannes-Perpignan à la Rabine, où l'ambiance était vraiment superbe ! Et puis, bien sûr, les derbys basques, ce sont toujours des très bons moments. Mais de manière générale, des bons moments, on en vivait tous les week-ends. On fonctionnait très bien, on connaissait les joueurs, les dirigeants. Lors du dernier week-end, le président de Colomiers m'a offert un beaucoup de fleurs en me remerciant. C'était très émouvant...

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« C'est compliqué de pronostiquer »

Vous y allez progressivement Pro D2, Champions Cup, Six Nations...La Coupe du monde vous y pensez aussi ?

La Coupe du monde, malheureusement, France Télévisions n'a pas les droits. Mais bien évidemment, je rêve de la Coupe du monde ! Je pense que ça n'a pas d'égal en termes d'enjeu et d'ambiance. J'espère vraiment que France Télévisions pourra récupérer quelques matchs d'ici les prochaines années. Après, forcément j'aimerais beaucoup couvrir une Coupe du monde, mais j'apprécie également la regarder devant ma télé avec des copains et quelques bières ! C'est sympa aussi des fois de ne pas bosser sur les matchs et de juste profiter d'un bon moment tous ensemble ! Ça ne m'arrive pas souvent de pouvoir regarder un match sans travailler ! En tout cas, pour l'instant, je me sens très bien avec France Télévisions et on y va, comme vous le dîtes, progressivement.

Avez-vous une préparation spéciale avant les matchs ?

Pour la Champions Cup, je vais remettre un peu en cause mon rituel habituel, car en Pro D2, on était un peu à la maison. Mais mon rituel, ce n'est pas quand je suis au stade, c'est plutôt avant, à l'hôtel. J'aime bien prendre une heure pour m'isoler, respirer, écouter un peu de musique, appeler mon copain. Pour ce qui est du rituel du boulot, je fais mes feuilles de match systématiquement la veille. Je suis un peu une malade avec ça, j'ai plein de feuilles, des statistiques sur chaque joueur, je note un maximum de choses pour ne pas avoir de mauvaises surprises et être la plus prête possible. Sinon, j'aime bien aussi arriver un peu en avance au stade, pour discuter avec les entraîneurs, apercevoir les joueurs, voir les tribunes se remplir doucement. Tout va très vite, donc c'est bien de se poser aussi un moment et de prendre le temps de profiter et de se dire que l'on a beaucoup de chance.

J'imagine donc que vous êtes déjà calée sur l'ensemble des joueurs du tournoi, comment vous y êtes vous prise ?

Entre mon départ d'Eurosport et mon arrivée à France Télévisions, j'ai demandé à ces derniers si je pouvais prendre deux semaines de vacances, car la Pro D2 a un rythme hyper dense. Aussitôt rentrée, j'ai donc commencé par la Coupe d'Europe. Pour ce qui est du tournoi, j'ai passé un coup de fil à un ami journaliste en Angleterre et on a parlé pendant deux heures sur les tendances des clubs anglais, irlandais, gallois et écossais en ce moment. J'ai également mon ami Pierre Ammiche qui travaille chez SFR Sport sur les championnats anglais, qui m'a également donné des conseils et des infos. Je travaille par ailleurs beaucoup sur la prononciation des noms, notamment des joueurs gallois et écossais.

On le sait, l'équipe de France ne vit pas de beaux jours actuellement...Quelles sont ses chances dans le Tournoi selon vous ?

Pour le coup, c'est vrai que je n'arrive peut-être pas au meilleur moment, car l'équipe de France ne va pas bien...Tout comme le rugby français dans son globalité, qui n'est pas forcément épanoui. Mais on le redit souvent, le XV de France est capable de tout, donc c'est compliqué de pronostiquer. Maintenant, pour avoir vu jouer le Leinster, composé à 80% de l'équipe d'Irlande, c'est du très haut niveau. L'Angleterre a été maline et a su repartir de zéro pour reconstruire, après avoir fait l'impasse sur une Coupe du monde. Mais côté français, on a encore du mal aujourd'hui à savoir exactement où on va, comment on y va et pourquoi on y va. J'espère surtout voir le plus de jeunes possibles, car on est à un moment où il y a un virage à prendre, et il faut accepter de donner la chance à des joueurs qui ont tout à prouver et qui en ont l'envie. Je souhaite également que le XV de France finisse avec autre chose que des défaites encourageantes qui sont un peu trop récurrentes actuellement. Et quelque soit le résultat à l'issue du tournoi, j'espère qu'on saura prendre les bonnes décisions pour la Coupe du monde. Car, quitte à y aller un peu dans l'inconnu, autant y participer avec pleins de jeunes joueurs et tenter un pari.

D'autant que la quasi-totalité des équipes du tournoi, excepté l'Italie, est dans une forme impressionnante. Quel est votre favori ?

Je mettrais bien une pièce sur l'Irlande. Ils sont en pleine confiance, ils ont ramassé tous les prix aux World Rugby Awards (Johnny Sexton meilleur joueur du monde, Joe Schmidt meilleur entraîneur et l'Irlande meilleure équipe). Ils ont aussi la force d'avoir des joueurs excellents à chaque poste. On l'a vu avec le Leinster, Sexton n'était pas là, mais celui qui l'a remplacé, Ross Byrne, a fait une très belle partie.

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