Dan Leo balance : les joueurs du Pacifique forcés d'arrêter leurs carrières internationales par leurs clubs

Dan Leo balance : les joueurs du Pacifique forcés d'arrêter leurs carrières internationales par leurs clubs
Les internationaux du Pacifique mis sous pression par leurs clubs
L'ancien joueur de l'USAP, de l'UBB et London Wasps, Dan Leo, balance : les joueurs du Pacifique sont forcés d'arrêter leurs carrières internationales par leurs clubs. Voici une info qui risque de faire du bruit. L'international samoan Dan Leo, bien connu en Europe pour avoir joué sous les couleurs des Wasps, de l'UBB, de Perpignan et désormais des London Irish, a révélé que les joueurs représentant les nations du Pacifique (Samoa, Tonga, Fidji) subissaient régulièrement des pressions pour ne pas honorer leurs sélections internationales. Dans un entretien exclusif accordé à Ben Coles de planetrugby.com, le vétéran de 32 ans balance sur les pratiques de certains clubs, dont certains engagés en Top 14...

On m'a mis la pression pour choisir si je voulais jouer pour mon pays ou non durant toute ma carrière. C'est probablement pire maintenant que tous les clubs ont une obligation de résultat (…) je peux dire avec confiance que tous les joueurs du pacifique reçoivent des pressions de leurs clubs qui leur demandent de refuser leurs sélections internationales. On nous propose généralement deux contrats, avec deux salaires : si l'on décide de poursuivre notre carrière internationale, ce dernier peut baisser de 30 à 40% (…) les années de Coupe du monde, cela joue dans la renégociation des contrats, puisque si l'on participe à la compétition, cela nous rend indisponibles entre la fin du mois de juin et le début du mois d'octobre dans le meilleur des cas (les phases de poule du Mondial 2015 se terminent le 10 octobre, NDLR). Quels clubs voudront payer pour un joueur qui sera absent 4 mois ? »

Selon Leo, il est facile de faire pression sur les joueurs du Pacifique, puisque ces derniers sont payés très modestement pour jouer en sélection, faute de moyens conséquents de leurs fédérations : « Je suis payé 400 livres par semaine pour jouer la Coupe du monde. Ca ne paye même pas mon loyer ». Le manque à gagner est donc conséquent pour eux. L'ancien joueur de l'USAP cite notamment le cas de Census Johnston, qui aurait reçu une proposition de prolongation de contrats de deux ans de la part du Stade Toulousain... à condition de prendre sa retraite internationale. Ce qu'il a accepté.

« C'est triste pour les Samoa, parce qu'on a perdu notre pilier droit le plus expérimenté, la pierre angulaire de notre pack et un de nos joueurs de classe mondiale. Je ne veux pas juger Census pour sa décision, car je comprends totalement pourquoi il l'a fait. Il faut penser à sa famille (…) personne ne veut parler de peur que cela ne ruine une carrière, tout le monde a besoin d'argent (…) il n'y a pas de règles pour empêcher ça, alors tout le monde le fait. (…) Ce n'est pas quelque choses de nouveau, en 2011, c'est arrivé avec les Fidjiens du Racing Métro 92 »

En effet, en 2012, Simon Mannix, qui venait d'être licencié du club, avait révélé que le Racing avait payé Jone Qovu, Sireli Bobo et Josh Matavesi pour qu'ils ne participent pas à la Coupe du monde en Nouvelle-Zélande. Si l'actuel entraîneur de Pau avait par la suite calmé le jeu en modifiant ses propos, Josh Matavesi avait confirmé que c'était bien le cas. L'IRB avait annnoncé son intention d'ouvrir une enquête... mais l'on n'a plus jamais entendu parler de cette affaire par la suite.

Leo affirme avoir reçu deux offres de clubs français après son départ de Perpignan en 2014. Mais ces clubs lui ont demandé d'arrêter sa carrière internationale. Il a donc préféré signer aux London Irish. Il poursuit en affirmant que ce n'était pas la première fois que cela lui arrivait au cours de sa longue carrière. En 2008, il avait dû décliner une sélection avec les Pacific Highlanders à la demande des Wasps, après les départs ou les absences de nombreux joueurs aux postes de deuxième et de troisième lgne (en l'occurence Simon Shaw, Tom Rees, James Haskell, Tom Palmer).

J'étais jeune et probablement un peu naïf. C'est un de mes regrets, car depuis les Pacific Islanders n'existent plus. On pense faire la bonne chose, et que notre loyauté pour notre club sera récompensée. Malheureusement quand mon contrat a expiré, j'ai réalisé que ce n'était pas le cas (…) j'ai de très bons souvenirs des Wasps, mais c'est le côté laid du professionnalisme (…) de plus en plus de clubs réalisent qu'on ne leur dira rien s'ils font ça. Ce n'est pas un nouveau problème. Les cas rendus publics comme ceux de Bobo et Qovu ne sont qu'une petite partie. Il y en a beaucoup plus de joueurs confirmés. »

Des révélations qui ne font pas vraiment honneur aux belles Valeur$ du rugby ©...