Moi, joueur de soule de l'an de grâce 1318, j'ai assisté à France VS Afrique du Sud

Moi, joueur de soule de l'an de grâce 1318, j'ai assisté à France VS Afrique du Sud
Quelle bataille !
Avec mon fidèle Robert, je suis allé voir un match dans une arène immense où la France affrontait les guerriers de l'Afrique du Sud.

Oyez oyez les jovents du Rugby et Nistère. Je ne haitiais1 plus aller plus loin dans vot' rugby. Cette bataille amateur m'a atalenter2 plus qu'un poème courtois groné3 pas Isabelle Ithurburu un averproison4 de pleine lune. Mais Robert m'a declarcié5 que les meilleurs joueurs de Gaule étaient acenés6 à porveoir7 l'étendard contre les Africains du sud ! Depuis chies moi y'a a gironé8 de choses qu'ont changés : je ne savais point qu'il y avait un sud à l'Afrique ! 

L'arène 

Je découvre une arène pouvant accueillir trois fies9 les abiteoirs10 de Lutèce. Mais ce jour-là elle n'accueillera que les habitants de Beynac et Cazenac ! Bourgs qui n'ont pas changés, merci Messire ! Por ice11 faire autant de places pour ne jamais les remplir ? J'avore12 le gaspillage à tablée !

- "Oui Lancelot, mais les places ont été bradé moitié prix !"
- "Comme la foire de Lenditt ou l'assiette donnée au clebard à la fin d'un gueleton ?"

La Marseillaise

Quelques citoles, trompettes, crouths et autres instruments résonnent dans l'arène. 

ROBERT ! Couche-toi, c'est une chasse à la cour ! Pis vos chasseurs d'aujourd'hui sont aussi fiables qu'un canasson bordelais ! La semaine dernière ils m'ont confondu avec un perdreau. Mon armure en a encore les traces !

Robert m'espeldre13 que c'est l'hymne de la dame nation. Nos chants grégoriens ayant traversés les siècles. Cette arène reprenant en cuer vot' Marseillaise, quels frissons ! Ne deconoistrant14 point les paroles, je décidais de chanter pour ne pas me sentir seul :

À l'auberge de l'écu, on apprend à jouer de l'épinette ! À l'auberge de l'écu, on apprend à jouer du...

Robert me demande de mettre la main sur le cuer et d'hober15 mes lèvres. La seule main qui effleurera mon cuer est celle d'Henry Chavancy ! Ou de n'importe quel attribut féminin l'acceptant. Je décide de suivre les ordres et un personnage en sanglots, vêtu comme un soldat avec un drapeau et une flache16 de rouge. Son accent godon me rebute, mais ce bonhomme me plaît bien fort. 

- "Trinquons à la gloire de la Gaulle chevalier ! Comment t'appelles-tu ?"
- "Mon nom is Jean Moulin, mais les autres m'appellent Scott Spedding, compatriote. Allez la France ! Fromage ! Cuisse de grenouilles !"

La bataille

Encontre17, les soldats de l'Afrique du bas. Cette poesté18 doit sûrement brifalder19 des enfants innocents pour avoir des corps pareils ! Ul20 ne rentre dans mon armure, hormis vot' Jacques Brunel et son escove21 à soupe ! D'inition22, ce bacele23 Médard en jalles m'époustoufle ! Bien accompagné du Serin de l'équipe qui nous alegue24 la vessie au milieu des deux tours. Même si la mère Poularde lui répond bien. 

Et pis vient cette fulgure25 tombée du ciel. Des changements d'adrece26 que ma cariole ne pourrait assumer, une vitesse que je ne puis avoir qu'en descente de cervoise. Mais par especial27, une gourmandise que je n'ai connu que chez Cunégonde d'Amiens : elle brifait28 quatre jambons contre un. Je parle de vot' Teddy Thomas. Se compliquer la besogne quand c'est facile, n'est-ce pas là le charme latin ? Et vot' chef d'armée qui aplatit... Ma braie s'en rappelle !

Derrière, les François ne lâchent rien. Hormis quelques ballons. C'est sous un boulet chaud tombé du ciel que ce bélier de Mathieu Bastareaud aplati la vessie. Il nous aurait bien servi à l'époque, chaque impact portrait à la prise du Chateau-Gaillard en 1204 : du sang, des fançons29 qui herlent30, et de l'adnichillement31. Quelle arme redoutable que vous avez là.

Peu apruef, les paluches de vot' Vanille flanche et c'est les sudistes qui marquent leur "essai". Pourquoi faire tout ça ? Cela me rappelle ce défunt Léodogan durant le siège de Constantinople. Apruef avoir assommé son premier adversaire en deux mois de guerre, il leva son bouclier en victoire qui lui retomba dessus. "Quelle bataille" déclara-t-il à son réveil à la fin du siège.

Quelques coups de satons plus tard, un petit diable s'en va le long de la baucenure32 pour aplatir apruef qu'un François ne continue sa course dans les gradins. Je m'atropie33 de joie, quelle engien34 ! Robert me rappelle que je suis François avant tout et que l'essai est refusé : à quoi bon aller jusque dans une bordelerie empour boire seulement une godale et rentrer à la case ! Aplatis mon brave !

La fin de la bataille

Les François autour de moi s'enquêrent du godon au sifflet. Sûrement suis-je avec la confrérie des arbitres ? 

"Non Lancelot, mais on en a marre de Nigel Owens. Depuis que je suis petit il me gâche tous mes samedis !" Me lance Robert.

Dernière salve. Les François refusent la bataille des airs pour sûrement remporter la bataille de la terre. Quelle stratégie discutable et digne d'Iseult le tenancier du bistrot du carne35. Mais l'eschief36 est là : les Africains du sud gagnent la bataille face aux François mais pas la guerre ! Mon drujon37 philosophe buserait38 que c'est une défaite acoragiante39. Mais mon drujon guerrier penserait qu'il n'y a point d'encouragements dans une défaite.

Robert ! J'ai esformié40 anquenuit41 comme la literie d'un clapoir ! MERCI !

On a tous vibré Lancelot, mais on vibre jusqu'à s'écrouler. Allez vient, il faut que tu rencontres un joueur si tu veux aimer notre rugby. Et rends le chien du coup d'envoi, il n'est pas à toi.

Un point de vocable

  1. Haitier : souhaiter, encourager
  2. Atalenter : plaire
  3. Groner : chanter
  4. averproison : crépuscule, nuit 
  5. Declarcier : éclaircir, expliquer, déclarer
  6. Acener : appeler
  7. Porveoir : défendre
  8. A gironee : abondamment, beaucoup
  9. Fies : fois
  10. Abiteoir : habitant 
  11. Por ice : pourquoi
  12. Avorir : détester, haïr
  13. Espeldrer : expliquer
  14. Deconoistrer : connaître, reconnaître
  15. Hober : bouger, remuer
  16. Flache : bouteille
  17. Encontre : en face, contre, envers
  18. Poesté : armée
  19. Brifalder : manger goulûment
  20. Ul : aucun, nul
  21. Escove : balai 
  22. Inition : début
  23. Bacele : jeune fille
  24. Aleguer : envoyer, notifier
  25. Fulgure : éclair
  26. Adrece : droit chemin, moyen, ressource
  27. Par especial : surtout
  28. Brifer : manger voracement
  29. Fancon : enfant
  30. Herler : crier
  31. Adnichillement : destruction
  32. Baucenure : marque blanche
  33. Atropier : réunir en troupe, lever des troupes
  34. Engien : habileté, adresse, aisance
  35. Carne : angle, gond, pivot
  36. Eschief : fin, résultat
  37. Drujon : ami
  38. Busier : penser, réfléchir
  39. Acoragier : encourager 
  40. Esformier : trembler, fourmiller
  41. Anquenuit : aujourd'hui, cette nuit