L'édito de l'abonné : et si on révolutionnait la formule actuelle du Top 14 ?

L'édito de l'abonné : et si on révolutionnait la formule actuelle du Top 14 ?
Et si on révolutionnait le Top 14 et sa formule ?
Le Rugbynistère laisse la parole à ses abonnés. Premier dossier ? L’évolution de la formule actuelle en Top 14.

Le championnat de France de rugby professionnell pose un certain nombre de problèmes discutés par les instances (FFR, LNR), les médias, mais aussi et surtout entre supporters et amateurs de ce sport. Pourquoi ne pas envisager une formule calquée sur ce qui se fait presque universellement dans les compétitions internationales de clubs ou de nations, dans quasiment tous les sports d'équipes y compris en rugby à 7 : une phase de poules équilibrées suivie par une phase finale.

Ce qui pourrait donner :

  • quatre poules de 4, 5, ou 6 clubs chacune, avec matchs aller-retour comme en coupe d'Europe
  • phase finale où les deux premiers de chaque poule jouent le titre tout en se classant entre eux, les suivants disputent une phase de classement entre poules (voir rugby à 7), les derniers disputent une phase de maintien/relégation

Je ne prétends pas ni ne sais si cette formule est "la bonne" : mais parlons-en !  

Les problèmes de la formule actuelle

Au moment d’évoquer les problèmes de la formule actuelle, les mêmes critiques ressortent :

  • Le Top 14 est une formule bâtarde, ni vraiment championnat ni vraiment coupe ; et la phase finale est encore bâtardisée avec ses "demis quarts-de-finale" (le barrage entre 5e et 6e).
  • Le Pro D2 n'est pas mieux avec sa formule de vrai champion d'une part, mais suivie d'une phase finale pour la montée, sans parler du barrage tout récent.
  • Les joueurs jouent trop ; ça leur cause de nombreuses blessures, ça épuise l'énergie mentale individuelle et collective de l'équipe.
  • Pour les internationaux, c'est encore pire,  d'autant que ce sont les gros clubs, dont les effectifs sont saturés d'internationaux, qui vont en phase finale et jouent la coupe d'Europe.
  • Tout ça, à cause des conflits entre les clubs et leurs compétitions d'une part, et le XV de France ou les autres équipes nationales de l’autre. Sans parler de la guéguerre FFR/LNR.
  • En phase finale, les ¼ et les ½ sans aller-retour sont des loteries...et injustes, car elles se jouent chez le plus gros club (idem en coupe d'Europe).

Pour beaucoup, le rugby français a les phases finales et les matchs couperets dans la peau, ce qui nous prépare mieux aux compétitions internationales de clubs comme de nations. Je suis assez d'accord : gardons ça. D'un autre côté, pour la plupart des gens même amateurs de rugby, un vrai championnat se joue en une poule unique où chaque club affronte tous les autres, et le champion est celui qui a accumulé le plus de victoires ou de points.

Avec la formule actuelle, de nombreux amateurs de rugby trouvent injuste qu'une équipe qui a globalement bien joué et remporté le plus de rencontres durant le phase régulière soit ensuite privée de son titre mérité par une phase finale forcément aléatoire. D’où la formule “bâtarde” du Top 14 actuelle.

La solution de l’abonné

La compétition que je vous demande d’envisager n'est ni un championnat, ni une coupe, mais une troisième voie qui remplace les deux, dont la formule se montre relativement juste et intense à la fois. Juste, parce que les clubs qui sortent des phases de poules sont le plus souvent ceux qui en fait y ont bien joué. Intense et à suspense avec sa phase finale bien sûr, mais aussi parce qu'un seul faux pas ou exploit en poules peut parfois tout changer. Cette formule utilisée en coupe d'Europe des clubs et à la Coupe du monde est - je crois - bien meilleure que celle de notre championnat.

Moins de matchs

L'autre grand problème de la compétition actuelle est la surcharge du calendrier. Avec une formule poules/finales, la phase de poules compte de 6 à 10 matchs par équipe suivant le nombre de clubs par poule (voir ci-dessous), contre 26 dans la compétition actuelle ! C'est un énorme gain. Avec un tel gain de matchs, on peut même envisager de faire des ¼ et des ½ en aller-retour (deux matchs de plus seulement), ce qui à la fois diminue leur côté loterie et leur injustice en faveur des plus gros clubs.

Bien entendu, la Ligue et les clubs s'opposeront à cette réduction du nombre de matchs, argent oblige.

Dans le cas élevé de six clubs par poule - et donc 24 équipes en tout - on aurait de 15 à 18 matchs contre 26 à 29 aujourd'hui. La compétition pourrait ainsi se disputer en trois phases : aller, retour, et finale, de cinq à six semaines chacune. Le championnat démarrerait à l'automne, et non plus en plein été, et permettrait aux joueurs de mieux se reposer… et de bien se préparer ! On retrouverait ainsi peut-être de vrais styles de jeu.

Pour les internationaux, cela laisserait de la place à un vrai travail de fond de jeu pour l'équipe de France, et ce en plusieurs périodes au cours de l'année plutôt que juste avant les compétitions internationales.

Variantes et options

Combien de clubs par poule ? En France, il y a rapidement eu une trentaine d’équipes professionnelles en France, et le budget moyen des clubs s'est multiplié par 4 ou 5. Aujourd’hui, la LNR prévoit une 3ème division pro d'ici peu, issue sans doute d'une poule élite de Fédérale 1 gonflée. On peut donc prévoir une grosse compétition avec beaucoup de clubs, et pour une fois aller dans le sens de la Ligue.

En phase de poule, chaque club rencontre tous les autres deux fois, en phases aller et retour : ça fait donc 6, 8, ou 10 matchs suivant qu'il y a 4, 5, ou 6 clubs par poule. Des poules de 4 enlèveraient trop de matchs. J'ai longtemps penché pour des poules de 5, mais avec 6 clubs par poule, on gagne encore 14 matchs par an (ou 16) pour les meilleurs clubs, ce qui est bien suffisant. La complication du nombre impair est évitée. Et avec 24 clubs dans l'élite (six poules de quatre, donc), on a de la place pour de nouveaux clubs de régions prometteuses (Bretagne, Nord...), peut-être de nouveaux clubs en Ile-de-France, et même pour retrouver des clubs historiques notamment du grand Sud-Ouest (Tarbes, Montauban, Albi, Béziers...), sans parler de Grenoble.

Un autre choix est d'appliquer ou non la même formule pour la deuxième division (Pro D2) voire une troisième division. Je pense qu'il n'y a aucune raison de ne pas le faire, avec un nombre de clubs peut-être différent. Ça a le mérite de la cohérence et de la simplicité, et ça facilite aussi le système de promotion & relégation dont je suis un fervent supporter. Contrairement à la ligue qui veut semble-t-il le système fermé états-unien.

Les phases finales… et matchs de classement

Les deux meilleurs de chaque poule devraient se battre tous ensemble pour le titre, comme pour toutes les compétitions de ce type. En quart-de-finale, chaque premier de poule rencontre le second d'une autre, puis on passe aux demi-finales et à la finale. Seule la finale resterait en match simple et doit donc être en terrain neutre.

Je pense aussi qu'il faut des matchs de classement, à la fois pour les perdants des quarts-de-finale et pour les autres clubs de chaque poule. D'abord, pour classer tous les clubs comme dans un vrai championnat (ce qui se fait en rugby à 7), mais aussi pour que chaque club joue assez de matchs à l'année. Le problème est de trouver un vrai enjeu s'il doit y en avoir un en plus du classement lui-même. L'enjeu financier - donner de l’argent aux mieux classés - est à écarter car ça revient à rendre les gros clubs encore plus gros, le cercle vicieux qu'on connaît en football, et que veut la ligue, semble-t-il. Sinon, quel autre enjeu ? Vous avez des idées ?

Promotion et relégation

Pour le maintien et la relégation, ma solution préférée est la suivante : toutes les équipes qui n'ont pas fini dernières de poule sont maintenues. Pour la relégation, je pense qu'on peut avoir au moins deux relégués d'office, les deux derniers, et deux relégables avec un barrage en matchs aller-retour. Symétriquement, les deux finalistes de la deuxième division montent d'office, et les deux suivants (les deux autres demi-finalistes) disputent un barrage avec les deux relégables de 1ère division.

A nouveau, je ne prétends pas que cette formule est la bonne, je vous encourage juste à penser et diffuser ces idées et les vôtres autour de vous.

L’avis du Rugbynistère :

La principale idée est de faire des poules de 6… Un bon point pour la santé des joueurs, qui pourront - en plus de se reposer - se préparer plus longuement. Mais le problème, c’est que l'économie des clubs s'écroulerait avec très peu de matchs disputés à domicile. Les seuls gagnants ? Les joueurs de l'équipe de france, qui ne disputeront plus autant de rencontres. Mais moins de rencontres, c’est aussi moins de possibilité pour les jeunes d’avoir du temps de jeu.