Rugby et langue de bois

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Rugby et langue de bois
En zone mixte, le discours des joueurs est parfois insipide.

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Focus sur un mal qui touche de plus en plus de rugbymen lorsqu'ils se retrouvent devant un micro ou une caméra, la langue de bois

Leur corps est en béton, leur biceps d’acier mais bizarrement leur langue est faite de bois. Et comme moi je bois leur parole, j’ai droit à de sacrées indigestions et une migraine en fût de chêne. En parlant de chênes, savez-vous que se sont nos amis les Russes qui sont à l’origine de cette expression. Je dis nos amis les Russes par politesse et convention, mais la Russie m’attire autant qu’un match de Fédérale 1 diffusé sur l’Equipe 21 au mois de novembre même si j’ai déjà craqué, j’avoue. Avant leur révolution, les Russes utilisaient l'expression "langue de chêne" pour se moquer du style administratif employé dans leur bureaucratie tsariste étouffante. Mais vu que cela faisait trop gland, l’expression « langue de bois » voyait le jour malgré le brouillard.

Bref revenons à cette langue de bois qui commence à être gravée dans le marbre de notre rugby. Que ce soit à la mi-temps, au coup de sifflet final ou en zone mixte, la langue de bois riche de ses banalités pompeuses pour dissimuler une réticence à aborder un sujet, est partout.

Quand un rugbyman ou bien un entraineur clame haut et fort que « l’important c’est la victoire », c’est vrai que dire à un enfant « ce n’est pas grave si tu ne travailles pas bien à l’école » est tout aussi adapté. Ou bien « on est tombé sur une bonne équipe » et comme toute chute, même pas mal, malgré la défaite. Ah oui, autre expression empruntée au football (mais faudra leur rendre), « on avait à cœur », comme disait Coluche avec les cerveaux, on a à présent un cœur pour une équipe. Au moins on sait qui est capitaine. En parlant de capitaine, lors de la dernière finale de Top 14, Guirado qui a une réelle compétence pour la langue de bois, disait que la défaite était dure à avaler. Je veux bien le croire surtout avec une langue en bois.

Face à cette épidémie « buccale des hêtres », j’ai essayé de comprendre. J’ai d’abord pensé que les rugbymen pouvaient tout naturellement mettre leurs langues dans la poche sauf que leurs shorts en soient dépourvus. Passons, alors comme le veut l’adage, qu’il suffirait simplement de la tourner sept fois dans la bouche. Expérience faite avec un protège-dent, ce n’est pas pratique. Mais pourtant, je ne compte pas les fois où j’ai croisé des joueurs avec quelque chose sur le bout de la langue. Ils avaient le regard vif et l’enthousiasme d’un élève de CE1 qui lève le doigt pensant avoir la bonne réponse. Après osculation, je n’y ai vu que des échardes. Leurs langues avaient fourché simplement. Bon nombre ont tenté en vain de la tenir et ainsi réprimer toute pensée au cordeau mais lancé comme des frelons, les en-avants étaient légions. Alors que faire ? Certains joueurs cherchent désespérément à s’en débarrasser en la donnant à Camille, qui se demande comment en faire commerce au Racing.

Pourtant comme les OGM et autres pesticides, c’est bien l’effet sans langue de bois qui fait vendre et fidélise les bons clients. Là par contre, le discours n’est pas édulcoré. Il est labellisé Bio village sans additifs fumeux et de coutume. Mais il n’en est pas toujours bon au goût pour autant. Lorsque Boudjellal et Laporte envoient du bois dans une interview, c’est une forêt de langue de bois qui pousse dans un vestiaire. Allez comprendre… Sans réelle explication, j’ai cru que la langue de bois était une malédiction dès lors qu’un joueur embrassait enfin le fameux bout de bois véritable Graal de notre Top 14. Mais à regarder de plus près, je n’y ai vu aucune transformation. Je reste alors sans réponse.

À toutes les langues, bonnes ou mauvaises, je vous laisse faire votre avis…


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